Publié le 21/07/2026
Frappée par une succession de canicules débutées dès le mois de mai, la filière des légumes en conserve et surgelés subit des chutes de rendements historiques en pleine récolte. Représentant un tiers des surfaces légumières françaises, cultivées en saison et en plein champ, elle figure parmi les plus exposées aux aléas climatiques.
A date, la récolte de petits pois accuse un repli de plus de 18% par rapport aux volumes attendus, et lechiffre continue de s’aggraver à mesure que s’achèvent les dernières récoltes. Pour une filière habituée à une forte maîtrise de ses productions, l’ampleur est inédite : aucune des cinq dernières campagnes, pourtant déjà marquées par des aléas sévères, n’a connu un tel décrochage. Des décisions urgentes s’imposent, à commencer par l’aménagement des restrictions d’eau là où cela reste possible, pour préserver les récoltes et le fonctionnement des sites industriels.
Eric Legras, Président d’UNILET, souligne :
« En vingt ans, je n’ai jamais vu une campagne aussi dégradée. Derrière chaque hectare, il y a des producteurs, des emplois et des sites industriels qui font vivre nos territoires ruraux. Nous ne faisons pas face à une mauvaise campagne de plus, mais à une situation sans précédent. »
Ces tensions s’ajoutent aux nombreux surcoûts déjà supportés par la filière dans un contexte géopolitique complexe, transport, énergie, emballages, plaçant les acteurs dans une situation économique particulièrement périlleuse.
Au-delà des mesures d’urgence, qui ne rattraperont pas la campagne, UNILET appelle les Pouvoirs publics à se projeter avec la filière pour accélérer sa transition et renforcer la résilience de ses productions, afin que 2026 ne préfigure pas l’avenir. L’Interprofession souhaite accueillir Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, aux côtés des producteurs et des industriels, pour partager avec elle la gravité de la situation et appeler son soutien sur deux priorités.
L’accès à l’eau, d’abord, par la facilitation du stockage territoire par territoire. La filière salue les actions déjà engagées et souhaite les voir se poursuivre. Stockage comme prélèvements en nappe doivent être encadrés par des garanties solides pour les écosystèmes ; la filière en est convaincue. Il est tout aussi essentiel que les études d’impact ne deviennent pas des obstacles infranchissables pour des exploitations familiales, ni ne s’étirent sur plusieurs années. Importer demain des légumes produits ailleurs, faute d’avoir traité ce sujet avec cohérence, affaiblirait notre résilience sans aucun bénéfice, ni économique, ni écologique.
Au-delà, dans une logique de souveraineté alimentaire, il est aujourd’hui indispensable que les Pouvoirs Publics soutiennent davantage la recherche et l’innovation afin d’adapter les systèmes légumiers au changement climatique et garantir durablement la production française de légumes de plein champ. Déterminée à « faire sa part », la filière entend poursuivre et accélérer la transition engagée dès 2022 dans sa démarche de responsabilité sociétale Les Légumiers de Demain, notamment sur le pilotage de l’irrigation et la diversité variétale.
Depuis mai, les cultures de légumes de plein champ destinées à la transformation ont subi une succession d’aléas météo particulièrement sévères. Les premières données pointent une baisse de 18 % des volumes de petits pois au niveau national : 14 % dans le Sud-Ouest où les récoltes sont achevées, 29 % sur les 9/10 des surfaces récoltées dans le Grand Ouest, 14 % sur les 4/5 récoltés dans les Hauts-de-France. Les haricots connaissent des chutes de rendements, des abandons de récolte, voire des renoncements aux semis sur certaines parcelles non irriguées. Les épinards présentent des feuilles brûlées rendant parfois leur transformation impossible, tandis que carottes, betteraves et oignons enregistrent des arrêts de croissance et de très faibles rendements. Le recensement des pertes est encore en cours alors que la saison se poursuit. Ces difficultés se combinent désormais à des restrictions d’usage de l’eau dans plusieurs territoires. Depuis le 10 juillet, le bassin de l’Adour est placé en situation de crise, tandis que des départements de Bretagne, Pays de la Loire et Hauts-de-France font l’objet de mesures limitant les prélèvements.
Les légumes destinés à la conserve et au surgelé sont cultivés dans le cadre de contrats conclus entre organisations de producteurs et transformateurs avant chaque campagne : surfaces, volumes et calendriers de semis sont définis à l’avance pour assurer un approvisionnement régulier des ateliers. Avec des cycles de culture courts, les marges d’adaptation en saison restent limitées lorsque les conditions se dégradent brutalement, comme cette année. Si la gestion pluriannuelle et les stocks amortissent une partie des aléas, les répercussions sur les outils de transformation sont lourdes. Ces à-coups pèsent sur l’organisation des ateliers, dont l’activité dépend de volumes importants livrés dans des fenêtres de récolte très courtes. Lorsqu’une parcelle est abandonnée ou qu’une récolte devient impropre à la transformation, la perte touche à la fois l’agriculteur, son organisation de producteurs, le transformateur et les emplois mobilisés pendant la campagne.
Engagée depuis plusieurs années dans une stratégie d’adaptation au changement climatique, inscrite dans sa démarche Les Légumiers de Demain, la filière veut aller plus vite. Mais s’adapter suppose d’identifier, par la recherche, les solutions qui permettront de produire dans un climat plus chaud. Le Plan de Souveraineté Fruits et Légumes, lancé en 2023, en avait fait l’une de ses ambitions ; l’effort de recherche attendu reste à concrétiser.
UNILET a pourtant bâti, avec onze partenaires de recherche, un programme répondant précisément à cette ambition : il ne lui manque qu’un financement.
En attendant, la filière avance : elle s’est fixé pour objectif d’intégrer des outils de pilotafe des apports en eau sur 60% de ses surfaces irriguées à horizon 2027, un seuil déjà dépassé pour les haricots Elle renforce aussi la résilience des cultures par la diversification variétale, qui concerne déjà 54 % des organisations de producteurs en petits pois et 63 % en épinards, pour un objectif de 60 % en 2027.
